Que doit contenir un contrat de pension pour être opposable ?
Un contrat de pension est juridiquement un contrat de dépôt rémunéré (code civil, articles 1915 et suivants) : l'écurie reçoit le cheval à charge de le garder et de le restituer. Pour être opposable, il doit au minimum identifier précisément les parties et l'équidé (SIRE, transpondeur), énumérer les prestations incluses et surtout celles qui sont exclues, fixer le tarif et ses modalités de révision, prévoir la durée et le préavis, organiser les soins vétérinaires d'urgence avec un plafond de dépense, et régler le sort des impayés. Le règlement intérieur doit être annexé et signé, faute de quoi il est difficilement opposable.
Sommaire — 6 sections
La quasi-totalité des litiges de pension porte sur une prestation que chaque partie croyait comprise dans le prix. Le contrat n'est pas une formalité d'entrée : c'est le document qui décide de l'issue quand la relation se dégrade. Voici ce qu'il doit contenir, et pourquoi.
1. La nature juridique et ce qu'elle change
Le code civil qualifie la mise en pension de contrat de dépôt rémunéré. L'article 1915 définit le dépôt comme « un acte par lequel on reçoit la chose d'autrui, à la charge de la garder et de la restituer en nature ».
Il en découle deux obligations de nature différente, et cette distinction décide de l'issue d'un litige :
- La restitution du cheval — obligation de résultat. Si l'animal disparaît ou est rendu dégradé, c'est à l'écurie de démontrer l'absence de faute ou la force majeure.
- Les soins courants — obligation de moyens. Le dépositaire doit apporter à la garde du cheval les soins d'un dépositaire diligent (article 1927). L'article 1928 précise que cette obligation s'apprécie avec plus de rigueur lorsque le dépôt est rémunéré — ce qui est le cas d'une pension.
Conséquence pratique : plus votre contrat décrit précisément ce que vous faites réellement, plus votre obligation de moyens est démontrable. Un contrat vague vous expose davantage qu'un contrat détaillé.
2. Les clauses indispensables
Identification
- Identité complète des parties, avec l'adresse du propriétaire et un contact d'urgence distinct.
- Identification de l'équidé : nom, numéro SIRE, numéro de transpondeur, race, âge, sexe, signalement.
- Déclaration du propriétaire sur le statut du cheval au regard de la chaîne alimentaire et sur ses vaccinations.
Tarif, facturation et révision
- Montant mensuel, date d'échéance, modes de paiement acceptés.
- Prestations facturées en supplément et leur tarif.
- Modalités de révision du tarif : périodicité et préavis. Sans cette clause, vous ne pouvez pas augmenter unilatéralement en cours de contrat — et le prix du fourrage, lui, augmente.
- Sort du mois entamé en cas de départ anticipé.
Durée, préavis et résiliation
Durée déterminée ou indéterminée, préavis réciproque exprimé en jours ou en mois, forme du préavis (écrit recommandé), et cas de résiliation immédiate : défaut de paiement persistant, cheval dangereux, non-respect du règlement intérieur.
Assurance
Exigez une attestation de responsabilité civile du propriétaire couvrant les dommages causés par son cheval. Précisez que l'assurance de l'écurie ne couvre pas la valeur du cheval : la mortalité et les frais vétérinaires relèvent d'un choix du propriétaire.
État des lieux d'entrée
Description de l'état du cheval à l'arrivée, idéalement avec photos datées. Sans elle, tout litige ultérieur sur l'état de l'animal se plaide à l'aveugle.
3. La clause qui évite le plus de litiges
C'est celle qui distingue explicitement ce qui est inclus de ce qui ne l'est pas.
| Poste | Mentions attendues |
|---|---|
| Hébergement | Box, paddock ou pré ; surface ; nombre de chevaux par lot |
| Alimentation | Nature et quantité du fourrage et des granulés ; qui fournit les compléments |
| Entretien quotidien | Curage, paillage, sortie et rentrée : fréquence et qui l'assure |
| Prestations exclues | Travail du cheval, tonte, douche, transport, présence aux visites vétérinaires |
| Installations | Accès carrière, manège, extérieurs ; horaires ; restrictions |
Écrivez les exclusions noir sur blanc : un propriétaire ne peut pas reprocher l'absence d'une prestation explicitement exclue.
4. Soins vétérinaires et urgence
Clause souvent oubliée, systématiquement problématique le jour où elle manque. Prévoyez :
- un mandat exprès autorisant l'écurie à appeler un vétérinaire en urgence si le propriétaire est injoignable ;
- le plafond de dépense au-delà duquel son accord est requis ;
- qui avance les frais et sous quel délai ils sont refacturés ;
- la position du propriétaire sur les actes lourds (chirurgie, euthanasie) et le nom du décisionnaire joignable.
5. Impayés et droit de rétention
L'article 1948 du code civil permet au dépositaire de retenir la chose déposée jusqu'au paiement intégral de ce qui lui est dû à raison du dépôt. Ce droit de rétention existe donc de plein droit, mais il a trois limites décisives :
- Retenir n'est pas disposer. Vendre le cheval ou s'en séparer sans décision de justice vous expose personnellement.
- Vous restez tenu de le nourrir et de le soigner pendant toute la rétention : la dette continue de croître contre un débiteur déjà défaillant.
- Le cheval peut ne pas appartenir au débiteur. Vérifiez la propriété avant de retenir : retenir le bien d'un tiers vous met en tort.
En pratique, la rétention est un moyen de pression, pas une solution de recouvrement. Elle doit accompagner une procédure, pas la remplacer.
6. Les erreurs fréquentes
- Recopier un modèle sans adapter les prestations — le modèle décrit l'écurie de quelqu'un d'autre.
- Omettre la clause de révision tarifaire, puis découvrir qu'on ne peut pas répercuter une hausse du fourrage.
- Ne pas faire signer d'avenant lors d'un changement de formule ou de box.
- Annexer le règlement intérieur sans le faire signer — son opposabilité devient discutable.
- Négliger l'état des lieux d'entrée, qui est la seule preuve de l'état initial du cheval.
En résumé
- Contrat de dépôt rémunéré : restitution en obligation de résultat, soins en obligation de moyens appréciée avec rigueur.
- La clause la plus utile est celle qui liste les prestations exclues.
- Sans clause de révision, le tarif est figé pour la durée du contrat.
- Le mandat de soins d'urgence avec plafond doit être écrit avant d'en avoir besoin.
- Le droit de rétention (art. 1948) permet de retenir le cheval, jamais d'en disposer.
- Règlement intérieur annexé et signé, état des lieux d'entrée daté.
Sources
- IFCE — Le contrat de pension d'un équidé
- Code civil, articles 1915 et suivants (du dépôt)
- Code civil, article 1927 (soins du dépositaire)
- Code civil, article 1948 (droit de rétention du dépositaire)
Vérifié le 31 juillet 2026. La réglementation évolue : en cas de doute, l'administration compétente reste la référence.
Pour aller plus loin
- Résilier un contrat de pension : préavis, motifs et procédure
- Règlement intérieur d'un centre équestre : que faut-il y mettre ?
- Quelles assurances sont obligatoires pour une écurie de pension ?
- Comment fixer le prix d'une pension ? Méthode de calcul
- Contrat de demi-pension : quelles clauses sont indispensables ?